jeudi 2 juillet 2009

Fanny Salmeron

Elle avait déjà le goût du tragique quand à cinq ans il lui fallait écrire une histoire sur "Blanchou le petit lapin". Elle lui écrivait des yeux coquins et le faisait mourir après tous ses amis. Obligeant alors sa maîtresse à rajouter "et il a été sauvé" à la fin. Pour que l'enfance reste à sa place.

Alors fatalement vous lui demandez à quel moment elle a su qu'écrire serait sa vie. A quinze ans quand elle n'avait que ça. A quinze ans quand son roman "Chloé!" était dans les trente derniers ouvrages pour le prix du jeune écrivain. A quinze ans quand elle a compris que c'était facile, simple et évident.

Son écriture a grandi avec elle. Elle grandira encore. Fanny Salmeron souffre du syndrome chronique de l'artiste : l'éternelle insatisfaction.

Alors elle écrit, elle doute, elle écrit, elle veut arrêter, elle continue, elle écrit.

Que serait un écrivain sans le doute pour le faire avancer ? Les phases de doute ne sont pas la pluie avant le beau temps, elles sont la pluie pour le beau temps. De nécessaires périodes de remise en question pour ensuite passer à la vitesse supérieure de son style.

Son style. La jeune femme a ce petit quelque chose qui vous ferait reconnaître ses lignes si jamais elles s'égaraient parmi mille autres. Comment décrire ce style ? Un doux enchevêtrement de sentiments torturés d'adulte inondé par les larmes de l'enfance, un douloureux canevas qui vous soufflera des frissons. Vous ne saviez pas que vous pouviez ressentir ces frissons-là.

Comme une éponge, elle absorbe la vie tout autour - le plus beau des matériaux - puis elle la sculpte avec sa plume pour en faire son œuvre.
Mais elle n'est pas seulement l'envoyée spéciale de sa vie... Son existence n'est que le jardin de son écriture. Sur lequel vont se greffer les fruits de son imagination.

Concernant Fanny Salmeron, l'imagination peut se comprendre dans son acception la plus littérale. Car elle sait tout mettre en image. Quand elle évoque ce loup qui crie dans son ventre, ces insectes clandestins de ses entrailles, vous vous retrouvez dans cette théorie universelle.

Et dans la vraie vie comment est-elle ? Une artiste torturée, ongles rongés, recroquevillée sur elle-même ? Non, elle tuera vos clichés. A une amie qui lui avait trouvé un peu d'océan dans les yeux, elle avait répondu qu'elle n'y voyait qu'un morceau de ciel raté. Surmonté du rideau lisse mais sauvage de sa frange, ce morceau de ciel (pas) raté est une invitation à elle. Ses joues amoureuses viennent ensuite étoffer le tableau. Comme si son visage était à lui seul un livre ouvert sur elle-même. Un mystère arrondi par son amour. De tout.

Publications :
Bordel 8 La Jeune Fille "On ne joue pas avec les épées"
Bordel 10 L'Imposteur
"Un conte de Noël"
Bordel 11 Le Rat Pack "Betty Joan sur le Boulevard"